Moi, enseignant du Sénégal vous adresse !
Le citoyen, que nous sommes, impose de participer-bien
participer-à la formation des jeunes concitoyens, à qui une étape de leur avenir
est entre nos mains. A ce titre, la conscience professionnelle et le
patriotisme conduisent à les doter de tous les instruments, sans lesquels, leur
succès aux examens et concours est difficile, pour ne pas dire impossible. Car
nous nous sommes préoccupés « à préparer les conditions d’un développement
intégral, assumé par la nation tout entière ».
Mais les nombreuses perturbations qui empêchent de terminer correctement
les programmes, conjugués au faible niveau des élèves, nécessitent, de notre
part, un effort supplémentaire. Pour cela, il faut prolonger les
enseignements-apprentissages partout où besoin sera. Qui le fera à notre
place ? Personne. Parce que la société, pour cette tâche, nous a choisis. On
nous a, certes, choisi mais notre traitement laisse à désirer. En plus nos
conditions de travail et d’existence ne sont pas des meilleures.
Certainement un ou plusieurs parmi les compatriotes, sinon tous, me diront
que la société, le peuple sénégalais, a déjà choisi ses dirigeants. Ses dirigeants ?
Oui ! Ses autorités ? OUI ! Le Président de la République et son
gouvernement sont chargés de traduire en réalité les aspirations du peuple.
Donc que reste-il à faire au point que je prenne la craie hors du cours ? Pour
les raisons citées, j’en ajoute d’autres.
L’article 42 de notre constitution donne au président uniquement, parmi les
millions de Sénégalais que nous sommes, la prérogative suivante : « il
détermine la politique de la nation. » qu’est ce que cela signifie ?
Cela signifie simplement que la conception des politiques publiques est de sa
responsabilité entière. Mieux il a la latitude de choisir parmi toutes les
compétences du pays, d’ici et d’ailleurs, ceux et celles qui peuvent l’aider
dans l’exécution de ces politiques qu’il a lui-même défini librement. L’article
44 de la même constitution dispose, en effet, que « le Président de
la République nomme aux emplois civils. »
Je rappelle au Président de la République Macky Sall, les
propos qu’il avait tenus le 25 Mars 2012, alors qu’il venait de battre le Président
Abdoulaye Wade :
« Mes chers compatriotes,
mes chers alliés,
L'ampleur
de cette victoire aux allures de plébiscite exprime l'immensité des attentes
des populations. J'en prends toute la mesure. Ce soir une ère nouvelle commence
pour le Sénégal. » Votre Excellence, il nous semble que, soit vous avez
oublié, soit vous accordez la priorité ailleurs ou alors vous, historiquement, avez
oublié que vous avez emprunté les chemins de l’école en tant qu’enfant de
l’ancienne région du Sine-Saloum, qui du reste continue d’accueillir des
enfants. Tous les trois cas sont impropres à un chef d’Etat en
exercice.
Un chef d’État ? OUI. Surtout un chef qui a
rencontré toutes les difficultés sociales comme politiques. Monsieur le
Président, les « attentes des populations », dont nous sommes un
segment, sont toujours là. En réalité
nos revendications sont insatisfaites. Je vous rappelle toujours qu’en 2012,
lorsque vous vous installiez fraichement au pouvoir, les enseignants étaient
toujours en grève; vous leur avez tendu la main pour qu’ils sursoient à leur
grève, en échange d’une satisfaction. Pourquoi à l’époque vous n’aviez tenu le
langage que vous avez tenu lorsque vous présidez le conseil présidentiel sur le
pacte social. Nous ne demandons que ce qui est possible, donc la vérité. Or le
plus indiqué parmi tous les Sénégalais de montrer la vérité, c’est vous.
Vous, Président, n’avez pas
pris « toute la mesure». Car la première mesure à prendre
consistait à nous dire ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. Mieux, le 17
février 2014, votre gouvernement a pris des engagements face aux syndicats
d’enseignants. Les réponses fournies, le 23 Avril 2015 à l’Assemblée nationale,
montrent qu’il n’y a pas de « rupture » dans le traitement de
dossiers aussi sérieux que l’éducation et l’enseignement. Votre ministre de l’Éducation
nationale tient les propos ci-dessous :
"Je voudrais rassurer les parents
et les populations. Ces grèves ont certes un impact sur les enseignements, mais
ce matin de 10 heures à 13 heures j'ai tenu une réunion d'évaluation avec les
16 inspecteurs d'académie du Sénégal pour voir l'impact de la grève en termes
d'heures perdues et sur les classes d'examen. Mais aujourd'hui il n'y a pas de
risque d'année blanche et les classes d'examen ont été relativement épargnées".
Il expliquera que "la grève a été plus suivie dans les zones urbaines que dans les zones rurales". Nous continuons à affiner cet exercice pour, au besoin, voir quelles solutions apporter. Mais, à l'heure où je parle il n'y a pas de risque d'année blanche".
Il expliquera que "la grève a été plus suivie dans les zones urbaines que dans les zones rurales". Nous continuons à affiner cet exercice pour, au besoin, voir quelles solutions apporter. Mais, à l'heure où je parle il n'y a pas de risque d'année blanche".
Excellence,
le problème n’est pas une année blanche ou une année invalide. Tous les
spécialistes s’accordent à dire que le système éducatif, jadis performant, est
en lambeaux. Pourtant depuis la fin des années 80 il n’y a jamais eu d’année
blanche mais le système pourrit. Le premier effet des grèves est le cumul des
programmes inachevés et donc du coup son corollaire direct le niveau bas de nos
élèves. Votre ministre n’a pas les bonnes informations. Oubien il les traite en
sa faveur. Le lycée ou j’exerce est dans le département de Louga, zone rurale.
A l’heure ou vous me lisez le conseil du premier semestre n’est pas encore tenu
du fait du mot d’ordre de nos syndicats. Le mot d’ordre est suivi sur
l’ensemble du territoire national.
Excellence,
certains de vos collaborateurs vous donnent de faux renseignements, au
détriment du peuple, sous peine d’être
éjecté de leur fauteuil. Si vous voulez réussir votre mission à la tête du
Sénégal il faut se débarrasser d’eux. Ils sont plus soucieux de leur carrière
politique que de la réalisation de vos engagements. Toutefois, il est n’est pas
encore trop!
Vive le Sénégal! Vive l’Éducation!
Mandiaye Diop, Professeur d’Histoire-Géographie au Lycée de Ndiagne.
mandiayecourage@yahoo.fr





